Il y a d’excellentes soirées qui commencent par un simple « On se fait un Trokson ce soir ? ». Le Trokson, c’est ce bar et club rock situé dans les pentes de la Croix-Rousse, dans le 1er arrondissement de Lyon. Un bar où passent les dernières nouveautés rock à travers les enceintes. Mais, niché dans un coin, une épaisse corde « barre » l’accès à des escaliers en colimaçon qui descendent au sous-sol, dans une petite salle voûtée au plafond en pierre. C’est là que, du jeudi au samedi à partir de 21h, se produisent des artistes de la scène rock/punk/garage, locaux comme internationaux. Le signal que le concert va débuter ? Les musiciens qui se dirigent, bière à la main, vers les escaliers, retirent la corde, suivis rapidement par les fans ou curieux venus écouter du gros son en live.
Après la première partie Eyes and Legs, pas très bien rodée, ce sont les lillois de DALAÏDRAMA qui font leur entrée, vers 22 heures. Gauthier, le batteur, frappe fort, et le bassiste, Nathan, envoie une ligne de basse bien sombre et bien grasse, le style est industriel. Formés il y a à peine plus d’un an, la mayonnaise prend immédiatement en concert ; les quatre musiciens jouent bien ensemble et se complètent parfaitement. Et pour cause, ils étaient dans un autre groupe avant : ATTEMPT, projet arrêté après le départ de l’ancien chanteur guitariste. C’est donc Marvin Morelle qui a pris le micro dans cette nouvelle formation qu’est DALAÏDRAMA. La présence scénique des quatre musiciens est incontestable et le public est tout de suite réceptif : le mélange rock garage, noise et post-punk est très efficace et Marvin communique beaucoup avec le public, présentant les morceaux et leur message (avec quelques dédicaces à Bayrou et ses mensonges), ainsi que l’origine du nom du groupe. Souvenez-vous, il y a deux ans, le scandale ayant eu lieu avec le Dalaï Lama, suite à une vidéo le montrant embrasser un enfant sur la bouche et lui demandant de lui « sucer la langue »…
Le groupe jouera ce soir un set complet de 16 titres, dont seuls six sont sortis, le single survitaminé Neat, tout récemment, et les cinq morceaux de leur EP The ABCs of Newism sorti le 6 décembre dernier. Le spoken word du chanteur en salopette semble venu tout droit d’Outre-Manche, les riffs répétitifs du guitariste Hugues Rive, au chapeau de cowboy et pantalon rose accompagnent, légèrement menaçants, la batterie sur Drool, quand ils ne racontent pas leur propre histoire sur le morceau d’ouverture du concert I Have Got It, légèrement jazzy en fin de titre.
Quelques chansons après l’excellente reprise de Satisfaction de Benny Benassi, So Fun retentit, chanson plus subtile, qui montre que DALAÏDRAMA a une large palette d’influences et de compositions, plus ou moins posées. Sur ce titre, les musiciens se laissent davantage de temps et d’espace pour explorer différents sons, telle que la guitare, parfois noyée dans des effets de reverb, lointaine, la basse apparaissant par petites touches, à laquelle répond la batterie, subtilement. Le chanteur semblant trouver tout cela très poilant.
Très généreux sur scène, le quatuor termine avec plusieurs morceaux n’existant pour le moment qu’en concert, et notamment le tout dernier du set, Boring Song, sur laquelle Marvin s’enfonce dans la foule, et le batteur invite une jeune femme à prendre une baguette de batterie et à taper, sans se poser de question. Il semble donc que les spectateurs ont la responsabilité de rendre ce titre vivant afin de ne pas être « boring » ! Un moment authentique et de partage, intimiste, possible seulement dans des lieux de culture underground (littéralement), comme le Trokson.
Un groupe aux compositions très intéressantes, à suivre de près, en studio comme en concert. Bonne nouvelle : un deuxième EP et un premier album devraient bientôt arriver…

