Le nouveau quatuor irlandais à suivre nous vient de Galway et s’appelle Slyrydes. Le groupe vient de donner naissance à son premier album, What Happens If You Get Happy. Formé en 2013, il a sorti trois singles entre 2019 et 2021 : « Dangerous Animals », « I Claim To Be Intelligent » et « Boy in the Debs Suit ». Leur énergie brute leur a valu d’être joués à la radio dans de nombreux pays. Le chemin n’a cependant pas été de tout repos pour les musiciens : comme de nombreux artistes, les conséquences de la pandémie ont été rudes et le projet a été partiellement suspendu. Une période de quelques années qui leur aura finalement été bénéfique : leur séparation leur aura permis de regagner en force et de reconstruire le groupe, et de revenir fin prêts pour nous livrer un des albums les plus importants de 2025 : What Happens If You Get Happy.
Important parce que, ce qui frappe avant tout est sa force brute et sans concession, une certaine vulnérabilité dans les paroles et surtout, une authenticité parlante. Un cocktail explosif qui a tendance ces dernières années à trouver écho auprès des auditeurs de rock alternatif et de la presse musicale – plus ou moins indépendante – en contraste avec les codes d’un grand pan de la musique pop actuelle mise en avant partout, qui demeure et se reproduit à l’infini dans un cadre bien défini ou rien ne doit dépasser.
Ainsi, le morceau d’ouverture, « Mental Health » surprend et secoue les esgourdes avec les cris du chanteur Mark Raftery juste après une introduction plutôt shoegaze. Ce n’est pas anodin si ce titre ouvre l’album : la santé mentale est un thème phare chez Slyrydes, qui en a bavé pour écrire et sortir cet album, qui raconte leur histoire. « I Claim to be Intelligent » raconte un des combats mentaux que beaucoup rencontrent : vivre avec une dépression et des crises de panique. La musique qui accompagne les paroles sans détour explose en même temps que la rage et le désespoir qui rugissent dans le chant.
Ce disque alterne tout du long les moments relativement calmes et posés, que ce soit dans le chant ou l’instrumentation, et une explosion d’énergie brute et chaotique, témoins de l’instabilité émotionnelle que n’importe qui peut ressentir à un moment dans sa vie, plus ou moins durablement. Chaque titre trouve sa puissance dans la vulnérabilité. « Procrastination Is a Fear of Failure » en est une autre illustration : la douceur apparente du début, avec sa guitare légèrement dissonante, fait vite place à une frustration : « Pourquoi j’essaierais ? Je vais foirer de toute façon ». La guitare, et la batterie de Paul Clarke, appuient l’anxiété et la peur de rater, bien souvent la cause de la procrastination. Sans tomber à aucun moment dans une overdose de désespoir, cet album est un exutoire et se ressent comme tel : on peut soit s’identifier aux paroles, soit les comprendre et simplement profiter de l’énergie punk du disque. Le redoutable riff principal d’ « Ahern » nous invite à lâcher prise, le solo de guitare à nous dire que cet album vaut décidément sacrément le détour…
Plus on plonge dans l’album, plus les compositions deviennent intéressantes : « You Stutter » navigue entre le post-punk et des moments planants et bruitistes, très noise-rock ; « Crossing a River » se tourne vers des riffs davantage lourds et sombres ; « Point of View » est beaucoup plus légère et sautillante et rappelle les Libertines (et c’est bien la seule ainsi sur ce disque !).
« Dangerous Animals » est une pépite aussi énervée qu’émouvante avec les riffs acérés jouissifs de Mark Comer et la ligne de basse redoutable d’Eoin « Fuz » Reilly : il pointe du doigt l’ignorance et l’intolérance qui règnent et qui ne se reconnaissent ni ne s’assument pas toujours. Le disque s’achève sur un titre un peu plus pop-rock et lumineux malgré le sujet difficile : les suicides en Irlande, avec un poignant mantra final répété autant de fois qu’il le faudra : « Suicide is more than a statistic ».
Né douze ans après la formation de Slyrydes, What Happens If You Get Happy est un disque venu des tripes du quatuor, et un récit coup de poing du piètre état de la prise en charge des soins des troubles ou maladies mentales en Irlande. Et c’est un excellent premier album explosif, indispensable autant par les sujets abordés que par l’authenticité et la vulnérabilité transpirant des paroles et des mélodies.

