Coups de cœur : Nuits de Fourvière 2025

© Aaron BENJAMIN – Last Train aux Nuits de Fourvière – 2025

La saison des festivals d’été a touché à sa fin et les nouveautés musicales et concerts vont bientôt se bousculer ; c’est donc l’occasion de se remémorer quelques concerts marquants de la période estivale. Il se trouve que dans le comté lyonnais, ceux-ci se trouvaient principalement au Grand théâtre romain surplombant la capitale des Gaules, dans le cadre des Nuits de Fourvière, se déroulant de début juin à fin juillet.

Dans ce top 3 de mes soirées de concerts coups de cœur aux Nuits de Fourvière, tout se rassemble sur le mois de juillet, trois groupes viennent de la scène locale de Lyon, et un d’Allemagne. Allez, je ne vous fais pas plus attendre…

Une journaliste touchée par une météorite

© Tara OZEM – IRNINI MONS – 2024

1er juillet. Il est toujours sympathique de se laisser surprendre par une première partie. On ne connaît pas encore le groupe qui va ouvrir pour la tête d’affiche que l’on est venu voir, on décide de ne pas l’écouter avant, pour ne avoir de jugement hâtif. Et le live, ça passe ou ça casse.

En ce soir du 1er juillet, il fait bien chaud au-dessus de Lyon. Venus de Vénus et actuellement basés à Lyon, le quatuor Irnini Mons ouvre pour Franz Ferdinand, dont le chanteur Alex Kapranos a fait l’éloge sur scène juste après leur passage, mais aussi sur les réseaux sociaux. La classe. Tout de couleurs vêtus, donc, Irnini Mons nous enchantent d’un rock hybride et joyeux, chanté en français. Ils se mettent presqu’instantanément le public dans la poche, qui crie et danse, notamment après un clin d’œil guitaresque intelligent d’Irnini Mons reprenant le riff culte de « Take Me Out » (Franz Ferdinand). On ne distingue pas tout de suite très bien les paroles des instruments, mais le souci est bien vite corrigé : on découvre alors des paroles aussi décalées que la musique. On ne sait jamais à quoi s’attendre d’une minute à l’autre, c’est frais et pas convenu. Les musiciens sont bien en place, les harmonies entre la chanteuse-guitariste Sabrina Duval et le chanteur-bassiste Guillaume Carle sont maîtrisées et très plaisantes, et l’on appréciera la parité parfaite du groupe, peu commune, avec Valentin Fayaud également à la guitare et Fanny Bouland à la batterie. Naviguant entre un rock indé teinté de pop, des compositions progressives et un rock parfois énervé jouant sur des ruptures de rythmes, Irnini Mons possède une personnalité musicale claire qui sort des cases habituelles. Leur set de six titres fait la part belle à leur premier album sorti l’an dernier, Une habitante touchée par une météorite, mais se termine par le magistral morceau issu de leur EP éponyme, un titre de rock médiéval redoutable en chant-chorale, avec des paroles qui donnent envie de renverser le gouvernement.

« Feu de joie » aux Nuits de Fourvière peut d’ailleurs être visionné sur Youtube ici ! Appréciez, très cher(e)s.

Le punk bisounours dans nos cœurs

© Aaron BENJAMIN – Johnnie Carwash aux Nuits de Fourvière – 2025

19 juillet. Le trio Johnnie Carwash est un pilier de la scène live lyonnaise. On se souviendra notamment de leur show foutraque au Club Transbo pour les 10 ans du label Cold Fame en 2022, où le groupe avait demandé d’ouvrir la fosse : au lieu d’un wall of death, nous avions été gratifiés d’un wall of câlins et d’un pogo surplombé d’un ballon de plage lancé par le guitariste. A ce moment-là, le groupe venait de sortir son premier album, « Teenage Ends », un disque pop garage à l’énergie à la fois punk et « trop chou ». C’est ainsi que l’on obtient de joyeux pogos sans bleus. Et sincèrement, cela fait parfois des vacances.

L’adolescence n’est finalement pas tout à fait finie, puisque l’an dernier, Johnnie Carwash a sorti son deuxième album, « No Friends No Pain », dans la même veine. C’est celui-ci que le trio a choisi de mettre en avant en ce début de soirée du 19 juillet des Nuits de Fourvière, ignorant leur premier disque. Leur joie de jouer pour la première fois aux Nuits de Fourvière est contagieuse, et quelques T-shirts floqués de leur nom sont visibles dans la fosse. Le monde est déjà présent pour l’ouverture de cette soirée à thème du samedi : la « Rock Odyssée ». Une belle plongée dans ce que le rock fait de mieux, mais aussi de plus plat. L’heure à laquelle notre trio préféré a joué n’était en effet peut-être pas des plus judicieuses : il faisait encore jour, l’ambiance était plutôt calme, malgré le plaisir de les (re)voir. Nous avons en effet eu droit à environ une demi-heure de Johnnie Carwash, et à quelque chose comme une heure (ressenti deux) des américains The Lemon Twigs. Bien qu’ils soient d’excellents musiciens et s’échangeaient les instruments à chaque morceau, l’ennui a eu le temps de s’installer, de s’attarder, et même de causer de la lassitude dans le public au bout de 30 minutes, parce que leur set ne décollait pas.

Mais après le rock garage joyeux de Johnnie Carwash (qui auraient clairement dû jouer en deuxième position) et la perfection plate de The Lemong Twigs, vient la puissance inébranlable de Last Train.

Les rois de Fourvière

© Aaron BENJAMIN – Johnnie Carwash aux Nuits de Fourvière – 2025

Avec une incohérence dans l’ordre de passage des groupes, et The Lemon Twigs qui ont joué plus longtemps que prévu, la tension explose dès l’entrée de Last Train sur la scène du grand théâtre romain de Fourvière. Enfin ! Le set proposé ce soir mêle perfection et émotion. Auteurs en début d’année d’un troisième album sobrement intitulé III, ils assoient ce soir leur souveraineté sur la scène rock française, tout en montrant leur reconnaissance au public. C’est également leur première aux Nuits de Fourvière, eux qui ont quitté leur Alsace d’origine pour s’installer à Lyon il y a dix ans.

Comme sur le reste de leur tournée 2025, les quatre meilleurs amis débutent le concert par « Home », un morceau du nouveau disque qui début par une intro minimaliste et monte en pression. Le public entier retient son souffle, attendant le moment de rupture, prêt à exploser. Ce n’est que le premier titre et le groupe et les spectateurs sont déjà en parfaite osmose. Le moment où la musique pète déclenche le bond du public, ne faisant qu’un, un pogo au milieu de la fosse, et démarre officiellement une série de slams qui ne s’achèvera jamais. Le morceau se termine finalement en douceur, laissant les groupes de potes dans le public reprendre leur souffle, se regarder, des étoiles dans les yeux, et comprendre sans un mot que nous pensons toutes et tous, à ce moment précis, que ce concert est un cadeau, et un des moments (très très) forts de cette édition 2025 des Nuits de Fourvière. Comme sur l’album, Last Train enchaîne avec « The Plan », à la composition plus classique, une chanson rock sans concession, puis extrait de son premier album le titre « Way Out » et son solo de guitare psychédélique qui met le public en transe. Ce soir, entre deux câlins émotifs entre les membres du groupe, et bien loin de se contenter de présenter leur troisième album, la bande de potes piochera de façon équilibrée dans trois de leurs albums, excepté le conceptuel Original Motion Picture Soundtrack. Onze titres alternant moments calmes et minimalistes, suspendant le temps, et moments de puissance rock pure, donnant des frissons d’émotions au groupe mais aussi au public, totalement connectés.

Ce magnifique concert finit en apothéose par le fameux medley « Between Wounds / One Side Road », où le chanteur Jean-Noël Scherrer se jette dans le public au milieu de gross riffs de guitares et, en bonne rockstar qui se respecte, joue porté par le public. La grande classe. A minuit, après les deux sublimes et mélancoliques « This Is Me Trying » et « The Big Picture », les musiciens de Last Train nous remercient chaleureusement et nous, on a du mal à partir, à la fois sonnés par ce show rempli de puissance et d’amour (c’est peut-être niais mais pas moins vrai), et parce que la foule met du temps à se décider à partir après une telle claque.

Les rois éternels de l’électro

© Amélie VILLARD – Kraftwerk aux Nuits de Fourvière – 2025

21 juillet. 2025. 50 ans. 50 Jahre. Pionniers. Allemands. Internationaux. INDISPENSABLES. Minimalistisch.

Ecran. Map. France. Zoom. Lyon ! Zoom. Fourvière ! Zoom. Théâtre ! Public. Enchanté.

Setlist. Numbers / Computer World / Computer World 2. Wow.

Spacelab. Tango. The Man-Machine. AUTOBAHN.

Computer Love. So 2025…

Geiger Counter. Tik-tik-tik-tik-tik-tik-tik.

RADIOACTIVITY.

Serie. Tour de France / Tour de France Etape 3 / Chrono / Tour de France Etape 2.

La Forme. Français. Clin d’œil.

K R A F T W E R K

FANTASTISK. Hommes-robots. Polyglot. Français. Anglais. Allemand. Chinois. Suédois. Japonais.

BOOM. Nuclear. Dancefloor. 2 hours. GRAPHIQUE. IMAGES. PERFEKTION. Beats. Beats. Beats.

MYTHIQUE. Mystique. Unforgettable. IRREMPLACEABLE. Avant-garde. Complet. Elektrik. Musik.

20 songs. 4 hommes. Pas un mot. Kommunikation. Par l’image. Aucun problème. Fantastique.

Ravissement. Inspiration. INSPIRATION. Cette chronique. Robotique. Merci. Danke. Kraftwerk.

© Paul BOURDREL – Kraftwerk aux Nuits de Fourvière – 2025

Nuits de Fourvière, à l’année prochaine !