Antenn.e à l’Epicerie Moderne le 26.09.25 – © floxus
Le dernier week-end de Septembre, l’Epicerie Moderne fêtait ses 20 ans avec une programmation variée et pointue détaillée ici.
De quoi parle-t-on au juste ? En 2005, la Ville de Feyzin et les militants locaux de l’AMAF (Association des Musiques Actuelles de Feyzin) se mettent d’accord pour fonder l’Epicerie Moderne, une salle de concert d’une capacité de 750 spectateurs. C’est l’AMAF, composée de bénévoles et de salarié(e)s passionné(e)s, qui conduisent le projet artistique et culturelle de la salle. L’association est engagée à mener à bien la réalisation du projet culturel, et son fonctionnement permet au plus grand nombre de s’impliquer, d’être acteur de l’équipement.
Parmi les missions de l’Epicerie Moderne : soutenir les artistes, en particulier locaux, mettant à leur disposition ses équipements pour de nombreuses résidences artistiques chaque année ; organiser trois expositions dans l’année ; proposer une cinquantaine de concerts par saison, représentant les musiques actuelles, dans des genres variés : jazz, musiques improvisées, musiques urbaines, rap, pop, chanson, rock, metal… ; proposer des spectacles, ateliers et goûter-concerts dans le cadre des rendez-vous Jeune Public & Famille ; mettre en œuvre des projets d’action culturelle à destination du territoire de Feyzin et de la métropole, accueillir 20 000 spectateurs/spectatrices par an, en faisant tout son possible pour rendre accessible ses spectacles au plus grand nombre (notamment par des tarifs spéciaux).
Vendredi 26 septembre : Jour 1
Il est 17 heures lorsque DJ Reine Claude ambiance les premier(e)s venu(e)s du festival-anniversaire. Il fait assez gris et froid en cette fin septembre, alors qu’encore une semaine avant, on pouvait assister à des open air en t-shirt. Plantons le décor : une grande affiche et des ballons encadrent l’entrée sur le site de l’Epicerie Moderne, entre intérieur et extérieur pour l’occasion. On est accueilli(e)s par un stand-barbecue proposant des tas de bonnes choses, quelques tables hautes pour déguster, debout, les grillades, puis, juste derrière, une tente pour les ingés son de la scène extérieure, installée contre la baie vitrée de salle-bar du bâtiment, d’où l’on peut voir les bénévoles s’affairer à désoiffer tout le petit monde venu dès ce premier jour. Si l’on dépasse la scène extérieure, on trouve une table où est installé un jeu de beer-pong, où nous croiserons les deux druides Walter Astral, quelques heures avant un superbe set. On continue à marcher, pour tomber nez à nez avec un tyrannosaure gonflable installé dans un caddie au milieu de ballons de baudruche. Une imagerie qui rappelle celle de Johnnie Carwash… Et puis enfin, en tournant à droite, il y a un atelier de sérigraphie, et, sur les contreforts du bâtiment, un grand panneau de graffs sur lequel chacun peut y ajouter sa contribution : c’est le mur du chaos.

Les 20 ans de l’Epicerie Moderne – © Intidote
Parce que pour cet anniversaire, et c’était écrit sur l’affiche : « Tout est chaos ». En pénétrant dans le bâtiment pour se diriger vers la salle et voir Lùlù ouvrir la soirée à 17h45 (comme ils l’ont exprimé : « pour les chômeurs et les intermittents du spectacle », ben oui il est tôt), on y trouve à droite un espace pour se faire tatouer, et sur les murs, dans la salle-bar, de nombreux tableaux d’artistes constituant l’exposition « Chaos et Renouveau » à l’occasion des 20 ans de l’Epicerie Moderne, et surtout, de son futur !
A 17h45, Lùlù (prononcé « Loulou ») est donc le premier groupe à jouer du week-end. Composé de membres de groupes déjà existant à Lyon et à Marseille (notamment Irnini Mons et AVIONS), le quintet nous livre une power pop ultra fraîche chantée en français et en italien, à base d’influences 70s et même de la pop italienne des années 60. Devant une vingtaine de personnes maximum, le groupe joue généreusement quasiment tout son premier album sorti au mois de juin dernier. Les loulous débutent le set avec des riffs dignes de génériques de sitcom, nous rendant nostalgiques. Coups bas nous parle de fausses amitiés et de nuits lyonnaises d’hiver à errer dans les rues désertes. Nous avons le droit bien évidemment à Sonic, Lyon, titre écrit en hommage à la meilleure péniche underground de Lyon (en grande difficulté financière liée à l’entretien de la coque), baignée d’une lumière rouge, berceau de découvertes musicales et fief de nombreux artistes lyonnais (et internationaux) faisant bien souvent parmi leurs premières armes sur la petite scène penchée du bateau.
A 18h30, direction le « jardin » de l’Epicerie Moderne pour voir Monika, trio de Saint-Etienne/Lyon autoproclamé d’ »électroclash ». En effet, point de subtilité ici : un rythme simpliste, des gros synthés et une voix parlée qui déclame et dénonce, liste non exhaustive : les publicités, le fascisme, la transphobie… Et tout ça avec de grands sourires, un tableau au goût douteux où est écrit le nom du trio, exposé fièrement, et une vieille télé cathodique où apparaissent plein de politiques extrêmement agaçants. Le résultat ? Une joyeuse fête kitsch, sous une pluie assez forte pour sortir les capuches, mais pas assez pour faire fuir la foule. Le cocktail fonctionne et même si le gros de la foule n’est pas encore arrivé, le public se remplit peu à peu, curieux de ces hurluberlu(e)s qui hurlent nos frustrations actuelles.
Petit passage vers le stand de grillades pour attraper le poulet mariné au combava (une tuerie) et filer manger à l’abri sur une des grandes tables installées dans la salle du bar. Non seulement les groupes défilant ce week-end sont bons, mais en plus, l’ambiance est extrêmement conviviale : on peut parler avec n’importe qui au hasard, et rencontrer et papoter avec des membres de l’équipe de l’Epicerie Moderne, qu’ils soient bénévoles ou non, des gens très sympathiques bossant pour des labels ou des salles de concert locales, des journalistes, des musicien(ne)s lyonnais(es), des fans de musique et des curieux et curieuses… Tout le monde se retrouve là par passion et pour passer du bon temps. A ce moment-là, c’est l’heure du « BLINGO ». Le concept ? Un mélange de « bingo » et de « blind test ». Assez compliqué à suivre dans les faits, de nombreuses équipes se forment sur les grandes tables qui sont alors remplies, car point de concert pendant cette heure-là, pour laisser le temps à tout ce beau monde de se retrouver et s’amuser… L’ambiance est digne d’une joyeuse fête de village, l’animateur et l’animatrice du jeu sont pleins d’énergie, les cadeaux aux gagnant(e)s sont tous plus farfelus (et encombrants) les uns que les autres, et les mashups finaux sont osés, et même sortis tout droit des enfers… du style Metallica et Britney Spears. Alors il est finalement l’heure de reprendre le chemin de la salle intérieure pour le concert suivant.
A 20h15, c’est l’heure de Lulu Van Trapp : un quatuor parisien glam-rock à l’énergie punk, revenant d’une tournée aux Etats-Unis. La chanteuse Rebecca Baby est fatiguée, mais heureuse d’être là. Malgré cela, le groupe fait le show, avec une présence scénique remarquée, et un rock sensuel n’hésitant pas à se démarquer par des boucles de synthétiseur parfois surprenantes, et un usage raisonnable de l’autotune, utilisée comme un outil qui donne du relief au chant à certaines parties des morceaux. Rebecca descend de la scène pour déambuler lentement dans la fosse en chantant et se déhanchant. Le public, à ce moment-là, est beaucoup plus nombreux, et profite de la pop fiévreuse à grosses guitares de Lulu Van Trapp, un groupe captivant. Après une heure de show, satisfaite, la foule s’éparpille à nouveau pour se reformer bien rapidement en nombre devant la scène extérieure.
Il est 21h15, et cette fois-ci, après avoir vu apparaître moultes fois entre 2024 et 2025 le mystérieux nom « Antenn.e » dans la programmation de différentes salles lyonnaises, sans avoir eu encore l’occasion d’assouvir ma curiosité pour ce groupe visiblement très apprécié, cette fois-ci, je vais être fixée. Auteurs de leur premier album intitulé… Tabouret, sorti à l’automne 2024, j’écoute une fois l’album dans la semaine qui précède le festival-anniversaire de l’Epicerie Moderne, et suis frappée par l’originalité du projet. Je file tout devant et profite du premier morceau entièrement instrumental, le même que celui qui ouvre l’album. Baigné, non… Noyé d’une lumière bleue, le groupe déroule un titre méditatif de rock progressif, qui débute et s’achève par une batterie semblable aux battements d’un cœur. Entre les deux, nous avons droit à une instrumentation urgente, qui ressemble à une course poursuite stressante. On capte déjà un univers certain par cette chanson d’ouverture, et pourtant, le trio lyonnais en a encore beaucoup sous la pédale… et sous les cordes de la guitare harmonique. Avec Down North, Antenn.e nous montre qu’il faut prendre le temps, que rien ne presse, que l’on peut planer par instants, pour mettre les moments plus bruyants et/ou chantés en valeur… ou l’inverse ?



Antenn.e à l’Epicerie Moderne le 26.09.25 – © floxus
Et le chant ? C’est aussi un instrument. Et il n’est pas indispensable à tout moment. Le trio se laisse de l’espace pour être percutant, les trois musiciens chantent, parfois seuls, parfois en harmonie, parfois pas du tout. Aucun membre ne prend le devant de la scène, tous chantent, tous communiquent avec le public à part égale, c’est peu commun et très plaisant. Chaque instrument se complimente, se répond, se complète… Antenn.e, dans sa musique, expérimente tout, et a déjà sa propre identité. Malgré de petits soucis techniques (lumière aveuglante, corde de guitare qui se fait la malle), le groupe improvise avec humour et professionnalisme, sans se démonter. La basse est fantastique, entre lignes et mélodies qui s’envolent, parfois tranquillement, parfois avec plein d’enthousiasme, comme sur le solaire I Got Time. Une chose est sûre : les trois musiciens se sont bien trouvés et ont parfaitement défini leur identité musicale aussi loufoque que poétique en la définissant comme du « bright punk », un sous-genre de art punk. Et quand le batteur, une véritable machine inarrêtable en fin de set sur The House, prend le micro pour livrer une performance théâtrale au milieu du public, déclamant avec passion son Poème pour Jo, le public est conquis, aussi amusé que touché.
A 22h05, il est temps de retourner vers la scène à l’intérieur de l’Epicerie Moderne, pour assister au show de Walter Astral, un duo parisien de pop psychédélique avec des touches de techno et d’acid. Les deux compères sont très prolifiques, auteurs de trois EP entre 2022 et 2024, et d’un excellent premier album d’une heure, Eclipse, paru en janvier 2025. C’est un disque qui nous plonge dans un univers mystique peuplé de créatures étrangères et espiègles, emprunt d’un onirisme étrange. Le show de Walter Astral retranscrit parfaitement un monde qui rappelle celui d’Alice au Pays des Merveilles, à la fois enchanteur mais où la prudence est nécessaire. Ils nous livrent un show posant un cadre d’abord assez calme, avec des boucles de synthétiseurs cosmiques, pour nous emmener peu à peu vers un état de transe où chaque personne du public se met à danser librement, envoûtée par les notes orientales du banjo ou de la guitare électrique, et d’une techno aux basses de plus en plus énervées qui transforme la salle en dancefloor. Walter Astral n’hésite pas non plus à faire sortir les turbofées qui sont en nous, nous invitant à mettre nos chapeaux-étoiles, et aussi à nous prendre tous par les auriculaires afin de danser une gigue bretonne pleine de sourires. Tout le monde se prend au jeu, et après le dernier morceau du duo de druides, la plupart de la foule décide, satisfaite, qu’il est temps de rentrer à la maison après cette première journée de fête.
Et pourtant… Ce n’est pas encore fini.
Il est 23h00, j’ai sincèrement envie de rentrer, conquise, ayant fait le plein de musique et de danse pour la journée, et surtout, fatiguée. Mais Marta va bientôt jouer, dans trente minutes, et terminer son set à 00h30. Je m’assois sur un des dix sièges de cinéma (quel bonheur) installé dans les gradins, le début du show ne me convainc pas dans l’état dans lequel je suis. Au départ peu réceptive, je comprends bien vite que le concert que propose le duo Marta ce soir est progressif : ils proposent une techno armés d’un violon accompagné d’une pedalboard, et d’une batterie aux accessoires étranges, et bien vite, les quelques vingt irréductibles de la fête présents dans le public sont emportés par une techno de club aux riffs de violon proches de ceux entendus dans les films d’horreur. L’univers s’assombrit autant que les musiciens s’énervent. Et toutes celles et ceux qui sont encore là se remettent à danser. Et moi aussi. Quelle claque !
Je quitte finalement à regret la salle avant la fin du set, puisque la navette TCL est prévue à 00h30, heure de fin du show. Sauf que, avec la petite dizaine de personnes présentes à l’arrêt de bus, les minutes s’égrainent… 00h30… 00h35… 00h45… Nous commençons à nous poser des questions, et décidons qu’à 1 heure, nous retournerions sur nos pas pour chercher une solution. Une personne de l’Epicerie Moderne présente parmi nous contacte alors le reste de l’équipe afin de l’informer que la navette TCL commandée par leurs soins nous a fait faux bond. Nous sommes donc gentiment réparti(e)s dans les voitures des membres de la team de l’Epicerie Moderne, afin de rentrer chez nous en toute sécurité et tranquillité. Un grand merci !
Samedi 27 septembre : Jour 2
Ce samedi, le festival commence nettement plus tôt, avec DJ La Scandaleuse pour chauffer les premier(e)s venu(e)s. Il fait beau et doux, nettement plus que la veille. Je me rends à Debourg afin de prendre le fameux bus 60 direction Feyzin. 15 minutes d’attente, bon, ça va, je suis dans les temps pour voir le premier groupe jouer. 3 minutes d’attente. 5 minutes. 4. Non, 5… Ca fait bien 20 minutes que j’attends. Ah, voilà le bus indiqué comme étant à l’approche sur le tableau électronique. Finalement une demi-heure se passe. Puis 45 minutes. Il y a plus de cinquante personnes à l’arrêt de bus. Après quelques bus ne faisant monter personne, un 60 arrive enfin au bout de quasiment une heure d’attente. Aucune indication parlée, ni rien d’indiqué sur le site de TCL. J’ai donc hélas manqué la totalité du set de Second Major. Décidément, TCL ne fait pas son boulot ce week-end. Saint-Fons était totalement bouché. Je l’aurais su avant, j’aurais pris un autre itinéraire.
Second Major a joué de 16h45 à 17h30 sur la scène extérieure. C’est un trio lyonnais de rock indie très intéressant, empreint de post-punk, entre tension, urgence, et envolées planantes, dont les textes introspectifs évoquent le quotidien, les relations humaines, le meilleur et le pire de nos sociétés. Second Major a sorti un premier EP au printemps, Blooms, et est réputé pour des live intenses, que nous aurons certainement très prochainement l’occasion de (re)voir.
J’arrive donc à 17h30 et quelques, un peu blasée par ce périple en bus complètement raté, et constate avec joie que beaucoup plus de monde est présent dehors et profite du Soleil. Des transats sont installés, ils sont tous utilisés.
A 17h45, c’est l’heure de Lovataraxx. C’est un duo lyonnais de cold-wave aux synthés minimalistes, composé d’une chanteuse et d’un DJ… enfin non, d’une DJ et d’un chanteur… Bon, en fait, c’est les deux, et on apprécie cette complétude entre les deux artistes. D’ailleurs, elle est bien plus expressive, dansant presque possédée, des paillettes sur les joues, descendant de scène pour danser avec qui le veut bien dans la foule, chantant en français et parfois en allemand, comme sur le morceau Traümen. Derrière les platines, elle bouge toujours autant, lui est bien plus posé, mais sa voix est plus forte et frappe plus juste. Durant trois quarts d’heure, le duo nous emporte dans son univers minimal wave, parfois sombre, parfois moins, faisant la part belle à leur deuxième album paru en 2024, le bien nommé Sophomore.
Après un passage au stand grillade, je m’installe sur une table pour assister de loin d’abord au show extérieur de La Flemme, quatuor marseillais de garage-punk qui chante en français et qui aime mettre le dawa dans la foule au bout de quelques minutes seulement. Au moment où l’un des guitaristes ouvre la foule en deux pour démarrer un pogo, je me fonds dans la masse pour assister à La Fête, titre particulièrement bienvenu pour les 20 ans de l’Epicerie Moderne. Dans l’énergie et l’ambiance, on retrouve la joie de vivre et de jouer de Johnnie Carwash, que l’on retrouvera un peu plus tard sur cette même scène. Quoique… le bassiste de Johnnie prend déjà la guitare le temps du morceau pour laisser Jules, le chanteur, hurler au milieu de la foule. Il fait beau, il fait bon, il y a du monde pour célébrer la salle et la musique alors qu’il est encore tôt. Comme quoi, il n’y a pas de flemmard(e) dans la fosse.

La Flemme à l’Epicerie Moderne le 27.09.25 – © Christine Pitt
Le Châtelain, artiste queer mi-joker mi-clown ambiançant tout le week-end à l’Epicerie Moderne, monte sur scène à la fin du set pour nous annoncer que « la surprise » prévue à 23 heures est avancée à… maintenant. Direction la scène intérieure donc, où je découvre un grande quantité d’instruments qui ne sont autres que ceux de Friedberg, quatuor autrichien qui jouera ensuite. La surprise ? Après une semaine d’installation, les piñata « 20 » descendent enfin du plafond, et l’équipe de l’Epicerie Moderne comme le public, est invité à exploser ces piñata, remplies de sucreries. Une ambiance fête de village bon enfant, après un discours court et clair, émouvant, en hommage à tous les acteurs de l’association, aux 20 ans déjà parcourus, et surtout, au futur et aux futurs projets.

Le Châtelain à l’Epicerie Moderne le 27.09.25 – © Charles Chatard
A 20 heures, les quatre musiciennes autrichiennes basées à Londres de Friedberg font leur entrée sur la scène, avec leur pop matinée de rock indie, avec une basse agréablement mise en avant, beaucoup de cloches (la chanteuse Anna Friedberg est d’ailleurs considérée comme la maîtresse des cloches de vache autrichienne), et une excellente batteuse. L’alchimie entre les quatre artistes est tout aussi solide que leur musique. Friedberg a sorti un premier album à succès en 2024, intitulé Hardcore Workout Queen. Elles ouvrent avec le morceau My Best Friend à la composition efficace, avant le redoutable single Yeah sorti en 2021, qui rappelle les titres de rock indé du début des années 2000, et qui prend une ampleur bien plus intéressante en live. So Dope est l’alliance parfaite entre pop-rock indé et un groove qui fait danser la fosse. Hardcore Workout Queen, single plein de couleurs, annonce un tournant dans le concert, avec une énergie déployée qui augmente avec The Greatest puis le nonchalant et explosif Haha, single électro sorti cette année. Friedberg achève avec un titre un peu plus ancien, l’explosif Midi 8, à base de ligne de basse et de clavier midi (eh oui), de cloches, et d’une guitare rythmique qui font danser les plus réticents. Et c’est ainsi que Friedberg termine son concert. Une belle découverte.

Friedberg à l’Epicerie Moderne le 27.09.25 – © Intidote
Maintenant, il est 21 heures. L’heure de retourner dehors devant la scène extérieure. Parce que c’est l’heure des chouchous de la scène rock lyonnaise : Johnnie Carwash. Johnnie Carwash, qui célèbre dix années à jouer de la musique ensemble. Johnnie Carwash, c’est un pilier, un point de repère dans la nuit lyonnaise. La basilique de Fourvière des soirées festives. Impossible de ne pas apprécier l’énergie fun et contagieuse du trio lyonnais, auteurs de deux albums de garage pop frais et sucré comme un granita pendant la canicule. A Lyon, ils ont joué partout. Même aux Nuits de Fourvière cet été, une première pour eux. Ce soir, le trio foutraque est chez lui, les fans sont en nombre, et ils jouent en grande partie leur dernier album sorti l’an dernier, No Friends No Pain, mais aussi des morceaux plus anciens, pour le plus grand plaisir des habitué(e)s. Bastien le bassiste fait le show, tempête de cheveux qui font disparaître son visage. Manon, chanteuse et guitariste, chante, crie, légèrement espiègle, et bien vite, ça pogote dans les premiers rangs. Ce soir, on profite. On profite d’autant plus que c’est le dernier show du groupe avant un moment : Johnnie Carwash doit se poser un peu et puis, ensuite, se remettre à écrire. A bientôt !


Johnnie Carwash à l’Epicerie Moderne le 27.09.25 – © Christine Pitt
A 22 heures, je retourne à l’intérieur pour voir le trio californien Meatbodies envoyer du lourd. Contrairement à une majorité de groupes du week-end, pas de présence féminine dans ce groupe-ci. Ce qui rend l’ensemble du week-end très paritaire et l’on remercie les organisateurs et organisatrices pour cette programmation ! Habillés très simplement, Meatbodies s’expriment peu et ne sautent pas partout, mais balancent du gros son, tantôt planant, tantôt moins, à base de titres de leur quatre albums. Le chanteur propose des riffs aux sonorités grunge, le batteur (qui n’attend pas la fin de la troisième chanson pour tomber le t-shirt et montrer ses pectoraux) tape fort, peu subtil, et le bassiste délivre une sacrée performance avec ses riffs parfois très rapides, et sursaturés. Ca résonne dans les crânes, et cela crée une sorte de transe dans le public, notamment sur le long titre Move, qui suit un même rythme mêlé de voix lointaines et nous plonge dans un trip accompagné çà et là de petits solos de guitare bien posés, avant un final explosif. Décidément, nous avons droit à tous les styles durant ces deux jours !
Après une demi-heure de pause côté public, et de débarrassage d’instruments et d’installation d’un synthétiseur sur la scène côté orga, les drôles de DROGES débarquent sur scène. Le duo, placé de part et d’autre de synthétiseurs et de quelques percussions, débute le concert en hurlant « LES VOSGES. LA DRÔME. » durant tout la durée du premier morceau. Fatiguée du week-end, me voilà un peu perplexe. Peut-être que jouer en toute fin de ce festival n’est pas le meilleur créneau pour eux. Mais malgré tout, après quelques morceaux, je plonge dans leur univers provocateur, eux qui gueulent sur tous les problèmes qui nous énervent actuellement : les politiques, la propriété, bosser toute sa vie pour une retraite de misère… Et ça fait quand-même du bien de crier ces slogans. Le peu de public étant resté est très réceptif.

DROGES à l’Epicerie Moderne le 27.09.25 – © Charles Chatard
Peu avant minuit trente, nous sommes un petit groupe à nous rendre à l’arrêt de la navette TCL. Cette fois-ci, elle passe. Ainsi s’achève un beau week-end de célébration des 20 ans de l’Epicerie Moderne, entre convivialité et chaleur d’une fête de village, à l’image des valeurs de l’AMAF, entre découverte et proximité avec les artistes, toutes et tous heureux d’être là, locaux/locales ou non. Côté musique, on note avec une grande satisfaction l’inclusivité et la parité, avec des groupes de musiciens et musiciennes queer ou non, des groupes 100 % féminin, mixtes, et 100 % masculins… De tout, finalement ! Le type d’affiche que l’on espère voir de plus en plus, jusqu’à ce que cela devienne habituel et qu’on ne ressente même plus le besoin d’en parler.
Bravo aux organisateurs et organisatrices et aux artistes, merci encore à toute l’équipe de l’Epicerie Moderne, et toi qui lis cet article, si tu es curieux / curieuse et fan de musique et que tu n’as pas encore mis les pieds dans cette salle, fonce ! De Lyon, oui c’est un peu loin, mais la programmation pointue et l’accueil méritent définitivement le détour.

