Caïman sort son nouvel album « Dreamcore »

Artwork © Luc Simone

Quoi de mieux, en ce jour d’Halloween, ou Samhain, avant-veille du Jour des Morts au Mexique, que de sortir son deuxième album, intitulé DREAMCORE ? Un nom empli de mystère, entre « rêve » et « hardcore », évoquant la douceur mais doté d’une certaine dureté à l’oreille ? Plus qu’une trend sur Internet ou dans certains jeux-vidéos, où ce terme renvoie à un surréalisme parfois horrifique, le « Dreamcore » de Caïman se rapproche d’une esthétique visuelle et sonore explorant les rêves, l’espoir, la nostalgie et le symbolisme. Entre imaginaire et résistance, ce nouvel album nous emporte, par de multiples chemins et détours, loin, très loin…

Dès le premier titre, grand 8, on plonge dans son univers onirique avec de douces notes de guitare sonnant comme une harpe, instrument des anges. Une nappe de synthétiseur mystérieuse nous hypnotise et se mêle à des harmonies vocales vaporeuses, celles d’un mantra qui nous répète que malgré les hauts et les bas de la vie, le voyage en vaut la peine. Chloé Serme-Morin nous peint une aquarelle de couleurs qui se confondent, floues, emplies de métaphores. Vous écoutez, et vous n’êtes plus tout à fait là. Le regard est dans le vague. Alors vous tombez dans la nuit comme une Alice au pays des ombres. Le synthétiseur se fait plus agressif, et le rythme vous ferait presque danser mais la question demeure : où vont les idées noires ? D’un sommeil agité, vous tombez encore, plus bas, dans un sommeil profond, au milieu des petites touches de basse du morceau dreams are ways to see dead people again. Ce sont autant de rêves aux symboles et aux sons étranges, une forêt, des ombres, des riffs de guitare résonnant et psychédéliques, des créatures dont les contours sont brouillés, des personnes que vous reconnaissez sans voir leurs visages. Vous vous laissez guider par des sonorités qui vous envoûtent, des voix lointaines, des cordes qui s’entrechoquent. Caïman a ouvert la porte : vous parlez aux esprits.

DREAMCORE navigue entre une dream pop et une folk rock riche en mélodies et petits détails ; il est parfois dépouillé et sensuel comme sur rouler couler, parfois mélancolique et sombre au milieu de rêves et d’idées noires, mais bien souvent aussi lumineux, comme les riffs de guitare de saison des pluies, venus du Rwanda. Un pays où Caïman a voyagé et s’est enrichie de rencontres et d’expériences musicales chères à son cœur. Si chaque chanson garde une part de mystère par des paroles poétiques ouvertes à interprétation, le titre roya est moins cryptique, évoquant des sirènes de police et des chiens qui cherchent des humains solidaires ou en détresse, dans la vallée de la Roya. La fin du morceau est chanté en kinyarwanda par Chantal, une amie rwandaise de la musicienne. Elle récite un texte sur l’abolition des frontières et la résilience. Le tempo ralentit pour clore ce très bel album (autoproduit !), dans une grande douceur instrumentale nocturne, contrastant avec des paroles assez violentes… Le disque sort le 31 octobre, n’était-ce pas un indice que les sorcières, même brûlées, continueraient de lancer des sortilèges ?