Luje – Nouvel album : « Among The Firs »

Il est 22 heures. Vous avez pris la voiture depuis un bon moment déjà. Vous êtes sorti(e) de votre place quand le fourmillement de la ville avait déjà ralenti, et que les lumières des gratte-ciels et des lampadaires de la rue se confondaient, humides, à cause du brouillard automnal. En fond sonore, sans trop faire attention, le nouvel album de Luje, Among The Firs. La nuit vous a plongé(e) dans un calme visuel propice aux divagations de l’esprit, amplifiées par le paysage musical retentissant, entre rugissements de guitare et batterie effrénée, parfois, et nappes de synthétiseurs et voix lointaine, résonnant, comme une chambre d’écho à ce mélange de sentiments survenant la nuit : nostalgie, solitude, sérénité et mélancolie. Maintenant vous êtes sur l’autoroute et vous avez augmenté le volume pour vous laisser envelopper par toutes ces textures musicales : une basse légère noyée dans un mur du son étrangement rassurant, fait de voix qui parlent mais sans toujours dire quelque chose de distinct, de riffs parfois clairs et parfois rugissants, vous réveillant de cet état quasi méditatif.

Vous prenez des routes sinueuses où vos phares vous permettent de distinguer vaguement des sapins, sur des kilomètres. Au milieu des sapins, dans un refuge, c’est là où les musiciens lyonnais de Luje, Kévin Lafort, Valentin Thevenin, Joaquim Hattermann, Félix Anessi et Théo Das Neves ont enregistré Among The Firs, captant des états d’âme comme la perte de l’autre, présents sur plusieurs titres tels que Don’t Go, Yeah et Free Spirit, ou des préoccupations politiques sources d’angoisse avec 89 et All The Same, ou bien encore Nobody Speaks et Too Cold en lien avec l’éco-anxiété. Malgré ces thèmes assez sombres et anxiogènes, les morceaux sonnent comme des sentiments qui s’entremêlent, à la fois beaux et lumineux mais emprunts de mélancolie tels que 89 ou le morceau final : Nowhere Days débute en effet par une guitare claire qui nous prend par la main comme pour nous réconforter, avant d’exploser à plusieurs reprises. Cela illustre bien l’ensemble de l’album : on y navigue entre moments mélancoliques ; avec des tonalités de guitare ou de synthétiseur qui dérapent parfois en quelque chose de sombre ou d’inquiétant, instants de simple nostalgie, et moments lumineux et rassurants comme un plaid en coton.

On peut trouver sur ce deuxième disque de Luje une riche fusion d’éléments qui rendent la plupart des morceaux imprévisibles : on se laisse porter par les titres en pensant deviner leur suite, mais un changement brutal va nous surprendre et apporter un intérêt supplémentaire. C’est le cas par exemple de Too Cold et de ses guitares shoegaze, avec quelques riffs aux accents new-wave, passant de martèlements instrumentaux explosifs à des passages plus délicats, bien que toujours réhaussés par une batterie bien mise en avant sur l’ensemble d’Among The Firs. L’instrumental Fences est un autre exemple de la diversité de cet album : il débute par un piano qui claque et qui groove, on s’attend à danser sur tout le titre, mais alors les instruments hurlent, les guitares sont dissonantes et on ne sait si le morceau va se prolonger sur trois minutes comme le superbe All The Same ou bien s’achever subitement. Pour le savoir, écoutez ce sublime album de Luje et laissez-vous envelopper par les nappes de synthé, les voix vaporeuses et les textures parfois douces, parfois brutes d’Among The Firs.