Violent Sadie Mode ? Un concentré de punk hardcore venu de Bordeaux et mené par l’énervée Sadie Golding, « mode violent » activé en permanence sur ce tout premier EP, Incelcore. La pochette joue avec plusieurs codes : l’horreur, l’esthétique mi-emo mi Barbie cannibale (on ne sait pas trop mais peut-être bien que Sadie a mangé du mascu au petit-dej’). Ne sous-estimons pas non plus les écritures décorées de rose et de petites étoiles façon Skyblog 2007, qui seraient probablement désignées comme « cringe » par la Gen Z, mais nous les ancien(ne)s, on sait qu’avec MSN et nos t-shirts à manches longues sous les t-shirts à manches courtes, c’était la meilleure époque.
Bon, ok, peut-être que ce n’était pas mieux avant, peut-être même que contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, la musique de nos jours *voix de personne âgée* n’est pas si mauvaise, si on évite les playlists mi IA mi pop sans saveur d’une certaine plateforme de streaming au logo vert. La preuve en est avec Incelcore. Ce n’est pas que l’on n’a jamais entendu ce type de musique, mais d’une, elle est redoutable d’efficacité, et de l’autre, le message s’inscrit on ne peut plus dans notre société actuelle post-MeToo. Ici, pas de grand débat : Violent Sadie Mode envoie joyeusement tout valser, avec une colère savoureuse. N’avez-vous jamais eu envie d’insulter copieusement un client impatient et irrespectueux face à une serveuse polie et qui fait de son mieux ? C’est le sujet du sobrement intitulé Stupid Little Rich Fucking Fuck Face, morceau aux riffs abrasifs qui claquent la tronche dès le début de l’EP, et on en redemande.
Globalement, entre le morceau Incelcore et 1 Condition 0 Conversation, les quatre bordelais de Violent Sadie Mode disent stop aux relous de la plus jouissive des manières : à coups de grosse caisse, de guitares grasses et de hurlements cathartiques. La deuxième partie de l’EP varie ses sons avec deux titres aux mélodies parfois enfantines : Demonic Paranoïa et Mr. Bunny, plus dépouillé, sorte de conte à l’ambiance menaçante. Gutter, quant à lui, prend la forme d’une jolie ballade hardcore bien viscérale chantée gutturalement par Rémi Tourneur (qui ne fait donc pas qu’envoyer des méchants riffs sombres) et Sadie. Entre basses bien sales, passages extrêmement lourds présageant de beaux circle pits en concert, et la rage communicative contenue dans le chant et la musique, Violent Sadie Mode fracasse les portes de la scène rock française avec ce premier EP qui prend aux tripes. Vivement la suite !

