Ashinoa – Nouvel album : « Un’altra forma »

Ashinoa, trio lyonnais formé de Matteo Fabbri, Mathias Chirpaz et Stefan Chamolt, sort son troisième album Un’altra forma, (« Une autre forme » en italien). Ce disque, c’est une histoire d’exploration et de transformation. Déjà, parce que Jeremy Labarre, avec qui Matteo Fabbri a fondé le groupe en 2015, a quitté le projet. Fabbri a donc écrit l’album en solo, tout en collaborant avec plusieurs artistes : Lucien Chatin à la batterie, Andrea Vecchiato à la flûte et Alberto Collodel à la clarinette, les voix de Teresa Lo Greco. Une partie des instruments et voix ont été enregistrées à Venise, ajoutant des textures aériennes et cinématographiques ; et l’autre à Lyon, avec Estelle Mouge au piano, Jeremy Labarre et Giles Davenport au chant et, depuis l’Ardèche, Romain Vasset (du projet Quelque) à la clarinette et au saxophone. Ce nouvel album explore donc transformation d’un environnement familier, et la déformation des sens. Pour ce faire, les musiciens mêlent jazz, un genre connu pour ses expérimentations et improvisations, et krautrock, défini comme un style fusionnant rock progressif expérimental et psychédélisme. Un cocktail idéal pour se laisser emporter dans une réflexion sur le changement et la distorsion de la perception.

Dans cette exploration de la distorsion des sens, nous retrouvons le triptyque d’ouverture Nudity and Salt Water – Un’altra forma Keplerstrasse. Le premier morceau débute par des sons cosmiques étranges et des paroles mystérieuses emplies de psychédélisme : il nous parle, d’une voix grave, de couleurs changeantes, de champignons, de goût salé et d’hippocampe… A cela s’ajoute un motif de batterie rapide et répétitif, accompagné de flûte et de légères vagues de synthétiseurs et de touches de basse. Une guitare qui aurait pris des substances fait son apparition, titubante.

Le clapotis des vagues permet une transition vers Un’altra forma, titre qui déroule un paysage sonore apaisant, reposant sur des nappes composées au Lyra-8, un synthétiseur analogique, et la douceur de la flûte qui vogue délicatement entre les îles de la lagune de Venise. Un’altra forma est en effet une réflexion sur la déformation géographique de ce que l’on croit connaître. Le clapotis des vagues se fait à nouveau entendre, jusqu’à enchainer sur les beats gras de Keplerstrasse, la rue de Kepler et ses sons de clignotants qui débouchent sur une guitare et une batterie discrète qui se fond progressivement dans un clavier psychédélique. La fin du morceau glisse dans un univers étrange où l’on semble entendre des créatures aliens s’exprimer dans un langage entre celui de l’éléphant et du diplodocus.

Globalement, on entend sur ce disque Un’altra forma, en grande partie instrumental, un mélange de jazz psychédélique, de breakbeats lo-fi, et également des échos à la musique brésilienne des années 60, comme sur Monstera avec sa bossa nova revisitée à la sauce Ashinoa, et Feliz, chantée en portugais. Fish in the pool quant à lui est un titre saccadé, plein de ruptures, de cris (de douleur ?) et de sons dissonants et menaçants. Il y avait un poisson dans la piscine, mais apparemment, c’était probablement une grenouille, nous dit-on. Soit. Room of whispers clôt l’album avec un plaisant morceau tirant sur le rock progressif, avec une structure plus classique, emmené au début et à la fin par quelques accords de piano. Récemment sorti en single, il est accompagné d’un clip jouant avec les mouvements et textures d’une bâche en plastique. Avec Ashinoa, tout devient poétique et changeant, dans ce nouveau disque très réussi, aussi travaillé qu’instinctif, rempli de petits détails et de textures variées, expérimentant avec le concept des formes et des perceptions mouvantes et du connu qui devient méconnu.