Sarāb – Le Périscope – 12.03.26 © Intidote
Le quintet Sarāb est de retour avec son troisième album, Mīt Warde–Cent roses. Après deux premiers albums sortis en 2019 et 2022 puis EP paru en 2023, aux influences jazz et musiques du Proche-Orient, le groupe, désormais sans saxophoniste, nous propose cette année une fusion musicale plus riche que jamais, entre post-punk, transe, électro tapageuse, ballades et même une pointe de rock surpuissant à la Rage Against the Machine, toujours avec un chant et des riffs de guitare aux mélodies orientales. Ce jeudi soir, comme il s’agit de la Release Party de Mīt Warde–Cent roses, il est largement mis à l’honneur, entrecoupé de quelques délicieux solos instrumentaux et morceaux du deuxième disque Arwāh Hurra et de l’EP Qawalebese Tape.
Pas de première partie ce soir, alors Sarāb débarque sur scène peu après 21 heures. La charismatique chanteuse franco-syrienne, Climène Zarkan, arrive en dernier sur scène et entame la sublime ballade Depuis que je suis né.e qui ouvre le nouvel album, un hommage à Gaza, qui (sur)vit sous les bombardements depuis des décennies. Une ballade qui se termine dans un tapage électro-rock métallique émouvant. Le quintet enchaîne sur une interlude transe pour bien chauffer la salle avant les riffs imposants de Yally Shaghalt Al Bāl – Celui qui occupe mes pensées, morceau qui oscille entre rock et jazz.
Alors le morceau-caméléon Samt (Je Me Souviens) fait son entrée, lentement, avec la belle voix douce de Climène, précédent une rupture jazzy qui se mue en instrumentation ultra dansante, sorte de mélange trip-hop/drum&bass qui monte en tension avant un drop magistral qui finit d’achever l’échauffement du public. Sarāb n’est pas venu pour trier les lentilles, mais au-delà d’être d’excellents musiciens sérieux dans ce qu’ils font, leur alchimie est visible et le groupe kiffe autant que le public. Ce soir, la musique est (très) bonne. Et l’ambiance est très fun et le plaisir des musiciens est communicatif. Un groupe qui fait de parfaites transitions, mais sait aussi prendre le temps, entre deux chansons, de laisser un peu de silence, pour reprendre son souffle, pour ne mettre que plus en valeur leurs nouveaux titres et aussi de plus anciens. Un couac technique ? Peu importe. La prestance de Climène en impose et, à l’aise, elle règle ce qui doit être réglé, détendue, pendant que des personnes du public la complimentent. Sarāb est fait pour le Périscope et le Périscope est fait pour ces artistes. La proximité contribue à la magie de la soirée.

Sarāb – Le Périscope – 12.03.26 © floxus
Les titres prennent une autre tournure en live, et l’absence de saxophone donne à la chanson Zourouni des accents encore plus pop-punk que sur l’EP évoqué plus haut : les « La la la » foutraques de la chanteuse et de l’excellent guitariste Baptiste Ferrandis remplacent les notes normalement jouées au sax. Et c’est très divertissant… Dernier détour par Qawalebese Tape avec le joyeux bazar Queen Rast, chanté et crié au mégaphone, entre énergie punk et cette poésie magnifiquement chantée, parfois en arabe et parfois en français. La deuxième partie du concert fait la part belle à Mīt Warde–Cent roses avec notamment la nécessaire Cease Fire Now et la magnifique ballade Ma’qul qui finit dans un lent tourbillon de percussions et de sons électroniques. Entre dub, gros riffs électriques et rap, Mā Bahwa Had faitheadbanger la fosse. Pour finir ? L’enchaînement explosif Zidni – King Bayat, avec leurs riffs surpuissants et psychédéliques, voix métalliques, tornade de sons électroniques et chaotiques mais toujours maîtrisés, transforment la fosse en dancefloor, avant le joli final Techno hamame (Reste-t-il Un Ciel Pour Te Voir Voler). La fin d’un superbe concert aussi amusant et empreint de poésie qu’engagé, entre pogos et déhanchés, dans cette petite salle lyonnaise du Périscope, qui nous réserve décidément de belles surprises chaque mois.

