Bandit Bandit © Margot Berard
Après plusieurs EPs bien stoner rock en partie chantés en anglais, et un premier album, 11:11, où le sulfureux duo Bandit Bandit trouvait sa voie et des paroles entièrement en français, ils reviennent avec un deuxième disque… au titre drôlement plus long : Cavalcades – Ce que la nuit ne dit pas. Il fallait bien ce nom à rallonge pour enfermer en un seul titre le goût pour le mystère de Bandit Bandit, sa puissance, et sa vulnérabilité.
Accompagné d’un recueil de poèmes rédigés par la chanteuse et parolière Maëva Nicolas, Cavalcades démarre en trombe avec Rien attendre et ses gros riffs d’ouverture et de final, et la relative douceur mélancolique de l’instrumentation et des paroles de l’ensemble de la chanson présagent une belle chevauchée tout au long du disque. Un disque sur l’attente, la frustration, le deuil, la fin de l’amour, aussi puissant qu’intime et vulnérable. Pas le temps démarre par une grosse ligne de basse bien grasse bientôt rejointe par une guitare à la Queens of the Stone Age. Côté paroles, Maëva parle indépendance : « Je n’ai pas besoin d’un homme / Je n’ai besoin de rien / Pas besoin qu’on me donne / Des leçons pour mon bien ». La messe est dite.
Cavalcades – Ce que la nuit ne dit pas est une épopée qui raconte les ressentis de Maëva sur des moments marquants de sa vie : la fin de sa relation avec l’autre moitié de Bandit Bandit, le guitariste Hugo Herleman : sur Seulement cette fois, titre au potentiel tubesque, ligne de basse bien groovy, synthé un peu kitsch, débit qui rappelle Clara Luciani, la musicienne met en avant ses réflexions sur la difficile fin d’un relation qui bat de l’aile et ne se maintient, au bout d’un moment, que par un fil toxique.

Bandit Bandit © Margot Berard
Joli voyage est le pont parfait entre des sonorités du premier album et de titres plus anciens de Bandit Bandit, un riff désertique distordu, des jeux de mots et une instru disco fun(k) à souhait, irrésistiblement dansante et qui va envoyer du lourd en concert. L’album passe par tous les états et l’on danse, on se sent puissant(e), puis vulnérable, confiant(e), en introspection… Bandit Bandit maîtrise les gros riffs autant que les arrangements groovy aux notes de synthétiseur kitsch à souhait (dans le meilleur sens du terme) autant que les sublimes ballades, à l’image d’Opaline. Judicieusement placée en plein milieu de l’album, elle aborde un sujet capital que l’on entend peu en chansons. Maëva y dessine les traits d’un visage, ce qui aurait pu être, racontant magnifiquement ce choix fondamental que constitue l’avortement, qu’elle a choisi et traversé récemment, non sans difficulté, ni sans doutes et questionnements. La basse groove et apporte de la chaleur et du réconfort entre des notes de piano déchirantes. Le pont est surprenant avec ses tonalités à la Gainsbourg.
Ce deuxième album mêle parfaitement rock aux accents funk, entre riffs imposants et synthétiseurs lumineux, et chanson française, avec ces textes qui font virevolter des mots puissants dans lesquels il est facile de se reconnaître… Pression artérielle pour les anxieux et anxieuses qui subissent des crises d’angoisse ; Idole lorsque le sentiment de trahison fait tomber son idéal du piédestal ; Message pour O, pour celles et ceux qui errent et s’apprêtent à répondre à l’appel de l’inconnu pour mieux se retrouver. Et enfin, Pour toi, pour ces anciens amants qui parviennent à se retrouver, autrement, dans une autre forme de relation, écho au duo Maëva et Hugo qui se sont séparés mais retrouvés, d’une autre manière, continuant à nous proposer une musique aussi sensuelle qu’émouvante, aux nombreuses influences britanniques, américaines et françaises, et cette patte bien à eux. Ils nous livrent, avec Cavalcades – Ce que la nuit ne dit pas, une chevauchée épique à travers les méandres de la vie, capables de nous faire déhancher et headbanger avec parfois, une petite larme qui roule sur la joue.

