Wheobe au Périscope le 02.04.26

Wheobe, Le Périscope, 02.04.26 © Maxime Scherepin

2 avril, 21h00. Nous sommes devant le Périscope, et le concert du soir, sobrement affiché sur un panneau noir, indique « Wheobe + Technically not a bird – COMPLET : PAS DE VENTES AU GUICHET ». En principe, si vous lisiez ce panneau à cette heure-ci ce soir-là rue Delandine, c’est parce que 1. Vous passiez par là et étiez simplement curieux/curieuse de voir qui jouait 2. Plus probablement, vous étiez là VOLONTAIREMENT pour découvrir le groupe en live par curiosité ou sur conseil d’ami(e)s fans 3. Encore plus probablement, vous ne vouliez absolument par manquer cette release party de la bande d’amis jurassiens, la veille de la sortie de leur tout premier album, A Strained Ocean.

A ce stade, trois singles de l’album étaient sortis : Sore, Láska et A Strained Ocean. On sent, dans l’atmosphère de la salle ultra remplie, une tension joyeuse et impatiente grandir, avant et après la première partie de rock loufoque / pop naïve pleine de synthétiseurs de Technically not a bird. On sent que ce soir on va être transporté(e)s, mais on ne sait juste pas encore jusqu’à qu’elles profondeurs… Vers 22 heures, tous les instruments sont installés, côte à côte, sur le devant de la scène, la batterie toute proche du public à droite, les amplis juste derrière les musiciens qui arrivent, comme pour les obliger à rester sur le devant de la scène, créant plus de proximité et d’intimité avec le public.

Wheobe, Le Périscope, 02.04.26 © Maxime Scherepin

Alors, quelques notes de guitare imitant le son des vagues se font entendre, débutant le spectacle transcendant de l’Océan restreint, ce soir personnifié par le Périscope. Wheobe lance un Sore absolument magistral, qui nous engouffre dans une grande vague qui nous retourne les trippes et nous fait frissonner d’émotions tellement c’est puissant. On se dit… Et après ça ? Quoi de plus ? Et pourtant, les quatre artistes nous maintiendront sans problème dans l’eau après nous avoir happé(e)s, avec un petit détour par Sinking (tiré de l’EP Collapse, Relapse) sorti l’an dernier. Très jazzy et rapide avec un petit côté techno/hip hop, laissant place à un impressionnant mur du son, nos cerveaux sont en surcharge, et cette submersion décrochera même quelques « Oh là là » de surprise joyeuse derrière moi…

Sur scène, l’alchimie entre les musiciens est palpable, et l’on sent un vrai plaisir pour eux à jouer leur musique, pour eux, mais aussi pour leur public venu nombreux ce soir. On les sent se laisser transporter eux-mêmes par l’ambiance magique de leurs chansons, par l’énergie qui circule entre celles-ci et le public, énergie redonnée au groupe puis renvoyée vers nous… One Last Swim Before Tomorrow en est un bon exemple, avec ce titre qui nous laisse le temps de nous remettre des deux premiers morceaux, de nous laisser nous balancer de droite à gauche, les yeux fermés, le public se comportant comme le ressac. Fangs et sa vibe très Radiohead nous emporte encore d’une autre manière, avec cette ligne de basse tellement jouissive de Matthias Joannon, qui nous prend pour ne plus nous lâcher jusqu’à la fin du morceau, travaillant de concert avec les gros riffs de guitare d’Ivanoé Tissot, dans ce magnifique morceau de post-rock progressif.

Wheobe, Le Périscope, 02.04.26 © Maxime Scherepin

Me And The Tide nous prend par la main pour nous mettre en état de méditation profonde en imitant les vagues qui se cassent sur le rivage puis se retirent, inlassablement, jusqu’à se laisser submerger totalement par la marée instrumentale. La voix de Swann Foucher, habité, nous envoûte, dans un univers poétique où la Nature est reine et où la musique prend des aspects cosmiques, nous nous sentons lié(e)s les un(e)s aux autres, formant un tout. Ce soir, nous ressentons à quel point l’art en général et la musique sont si importants, et pourquoi certains concerts sont vitaux, nous permettant de nous reconnecter à nos émotions et à partager une passion commune.

Nous plongeons ensuite dans l’émouvante Láska, puis dans Currents We Embrace et ses mélodies familières, puisqu’elles reprennent un thème déjà entendu dans le chant auparavant… Pendant ce temps, Matthieu Mercky nous régale à la batterie, à la fois impeccable et tous sourires. Wheobe nous achève avec A Strained Ocean, magnifique conclusion au spectacle, entre émotions qui tirent les larmes et rythmes à la Squid, sur un fil qui joue entre menace et angoisse, sans jamais nous faire totalement basculer dans les abysses. Nous sommes sonné(e)s, le chanteur Swann termine la soirée par un message d’amour, de paix et de reconnaissance, entre deux avalanches de câlins entre les quatre musiciens. Dehors, le vent est froid, mais ici au Périscope, à cet instant précis, nos cœurs sont remplis de chaleur.