On prend les même que dans le théâtre antique de Fourvière le 1er juillet 2025, et on recommence ! Pourquoi changer une équipe qui gagne ?
Tout commence l’été dernier : Alex Kapranos ne tarit pas d’éloges sur ce groupe lyonnais qui a fait leur première partie : Irnini Mons. C’était une chaude soirée d’été où le rock et la joie étaient au rendez-vous. J’en parlais dans cet article. Quelques mois plus tard, à l’automne, une annonce folle tombe : Irnini Mons fera la première partie de toutes les dates de la tournée européenne de Franz Ferdinand ! Là, on comprend que les éloges du leader de Franz Ferdinand, c’était du sérieux.
Nous y voilà donc : le printemps vient juste de débarquer… enfin, sur le papier, parce qu’en vérité, on se pèle ! Alors quoi de mieux qu’aller se réchauffer dans la grande salle du Transbordeur, pour cette belle soirée aussi innovante que nostalgique ? Le concert est complet depuis des mois. Un certain nombre de personnes présentes à Fourvière l’an dernier ont à nouveau fait le déplacement. Tout le monde a envie de (re)découvrir les titres de la discographie des écossais, et plus particulièrement, on ne va pas se mentir, les vieux titres des années 2000.
Mais d’abord, on attend, curieux, le premier groupe. Le nom d’Irnini Mons est inscrit sur un tissu, au milieu de comètes. Leur nom venant d’un mont de Vénus, cela fait sens. Les quatre comètes (Fanny Bouland à la batterie, Mathias Chirpaz à la basse, Sabrina Duval et Valentin Fayaud aux guitares) arrivent alors sur scène et lancent d’emblée T’as pas peur, morceau qui groove sacrément, avec ses relents post-punk et un chant chorale plein d’ironie sur ce qui est semble être le début d’un burn out. Un petit riff de guitare bien sympathique et rafraichissant démarre L’acteur, plein de punchlines, puis s’ensuit le gros riff gras accompagné d’une guitare dissonante et menaçante : c’est Montréal. Ce contraste entre gros son et chant chorale aigu aux paroles décalées (ici enfantines, sur des vacances dans la ville québécoise…) fait l’identité du quatuor. Musicalement, le mélange pop/punk/post-punk/chanson française réhaussé par des moments inattendus de ruptures rythmiques est ce qui interpelle le plus. Le public est réceptif : les têtes bougent, ça hurle par ci par là pour célébrer le groupe. Elis Police prend le contrepied du morceau précédent : une instru plus légère, qui rappelle un peu The Strokes, évoque sous un angle d’abord léger un sujet très sérieux : les violences policières. Sur scène, le groupe s’amuse, baigné de lumières clignotantes qui imitent les gyrophares d’une voiture de police. Ca groove, ça danse, ça chante en canon en parlant de high kick, de nasse et de lacrymo.
Dénoncer et résister en faisant la fête, l’air de rien… Celles et ceux qui tendront l’oreille pour écouter les paroles comprendront. Mais les instrus sont tellement plaisantes que cela peut passer inaperçu, du moins en concert ! Voilà pourquoi il faut aussi écouter leur EP éponyme et leur premier album Une habitante touchée par une météorite, pour ne pas perdre une miette des paroles. Le génial Feu de joie issu de leur EP achève de chauffer cette première partie de soirée : ce tube de punk médiéval est un autre morceau musicalement impeccable et fortement jouissif qui nécessite de prêter attention aux paroles pour en saisir le sens caché (en réalité pas si caché que cela) : un appel à la révolte populaire raconté sous la forme d’un conte médiéval. Sortez les fourches et allez chercher le roi !
En bref, si vous ne les avez jamais vus en concert, il va falloir y remédier. En attendant, vous pouvez toujours écouter leurs titres sur la plateforme de votre choix…
Un peu plus tard, c’est donc au tour des écossais de Franz Ferdinand d’entrer sur scène. Alex Kapranos fait le show comme à son habitude, charmeur, posant entre deux bonds, et faisant l’effort de parler français le plus possible. Nous avons affaire à une avalanche de tubes qui retracent la discographie du groupe. Même si leur dernier album The Human Fear a moins convaincu, les titres choisis et la façon dont ils sont joués et mis en valeur sur scène fonctionnent très bien : Night Or Day, Audacious, Build It Up ou encore l’addictif Hooked qui démarre le rappel de ce chouette concert mêlant fraicheur et nostalgie. Nous avons le plaisir de réentendre, comme à Fourvière, Black Eyelashes, avec ses plaisantes mélodies jouées au bouzouki, en partie chanté en grec, hommage aux racines du chanteur. Contrairement à l’été dernier à Fourvière, le groupe a joué Right Thoughts, Right Words, Right Action ainsi qu’Evil Eye, qui avaient manqué lors de la date à l’amphithéâtre. La setlist a vu un certain nombre de changements que ce soit dans les titres joués ou dans leur ordre. Bien qu’un peu en deçà de juillet dernier niveau énergie, le public, de tous âges, profite, et le premier rang chante sur une bonne poignée de chansons. Mais c’est évidemment à partir de Take Me Out qu’un léger pogo dansant se crée, qui explosera sur le final This Fire, pour terminer une belle soirée bien au chaud au Transbordeur.

